17.3.9 Aperçu historique des ligatures

La polyphonie ancienne utilisait un rythme modal et indiquait la métrique par des ligatures (comme la notation grégorienne en neumes – see Neumes et ligatures grégoriennes), rompant le flux de notes non au pied mais après chaque accentuation métrique. Autrement dit, la dernière note d’une ligature était accentuée, contrairement aux notes précédentes. Les ligatures les plus usitées comportaient deux ou trois notes (ligatura binaria/ternaria : ligature binaire/ternaire), correspondant à la distribution des accents dans les métriques communes iambe (court-long), trochée (long-court), dactyle (long-court-court) et anapaest (court-court-long). Il est à noter que long-court est le concept quantitatif ; l’accent est la contrepartie qualitative de long.

Lorsque le rythme modal a été abandonné et que sont apparues des notes galbées pour représenter leur longueur, les ligatures n’ont pas disparu mais, en interprétant la métrique de façon strictement quantitative, ont été lues comme des brevis suivies d’une longa finale. Le pes ( [image of music]) indique une ligature ascendante, et le climacus ( [image of music]) une descendante.

De nouveaux galbes ont été créés pour codifier d’autres séquences de longueurs, de préférence indépendamment du contexte, de sorte à pouvoir obtenir des ligatures de longueur arbitraire. Des galbes pour des ligatures binaires brevis-brevis auraient pu être tirées à partir des deux premières notes de ligatures ternaires existantes (signifiant brevis-brevis-longa) : le torculus ( [image of music]) et le scandici modifié ( [image of music]) s’entament de la même manière ; le galbe [image of music] est ainsi utilisable en tant que ligature binaire brevis-brevis ascendante. Le climacus devra être abandonné car indistinguable d’une séquence [image of music] de notes non ligaturées, donc le porrectus ( [image of music]) a demeuré dans l’utilisation de son départ pour la forme descendante : le parallélogramme oblique [image of music] est connu sous le terme de flexa ; il indique toujours deux notes (hauteurs de départ et d’arrivée), non pas une gamme sur toutes les hauteurs entre les deux.

Les ligatures binaires démarrant par une longa ont été dessinées en adaptant les galbes existants brevis-brevis ou brevis-longa. Pour les galbes descendants longa-breve ( [image of music]) et longa-longa ( [image of music]), la hampe initiale a été supromée ; pour les galbes ascendants longa-breve ( [image of music]) et longa-longa ( [image of music]) a été ajoutée une hampe descendante sur la droite de la première note.

Le pes étant difficile à dessiner avec des têtes vides si l’avant-dernière hauteur était proche (même constat avec un porrectus), les notes finales étaient remplacées par des virgae (par exemple, [image of music] et [image of music], peut-être inspirées du scandicus). Le galbe originel est toutefois resté en usage encore longtemps, bien qu’il ressemble à un divisi et qu’il soit pratiquement impossible d’en distinguer la signification en fin de section.

Des ligatures binaires pour paires de semibreve comme [image of music], [image of music] et [image of music] sont aussi apparues, reconnaissables par une hampe ascendante sur la gauche.

Le tableau suivant résume les ligatures binaires habituelles.

LongueursS SB BL BB LL L
Ascendante [image of music] [image of music] [image of music] [image of music] [image of music]
Descendante [image of music], [image of music] [image of music] [image of music] [image of music] [image of music]

L’introduction des maximae dans les ligatures a été beaucoup plus simple dans la mesure où leur apparition est postérieure à l’ère du rythme modal. Elles n’ont donc pas besoin de se plier aux anciennes règles : elles peuvent intervenir n’importe où dans une ligature de forme habituelle, avec ou sans hampe descendante sur sa droite. Au sein même d’une ligature, brèves et longues apparaissaient toujours dans leur galbe habituel (longues ayant toujours une hampe descendante sur la droite), sauf lorsque les têtes d’une paire de brèves étaient fusionnées pour former une flexe (qui ne peut obligatoirement se trouver qu’en fin mais souvent utilisée en cours). Il arrivait rarement que les brèves initiales soient pourvues d’une hampe sur la gauche ou que les longues finales en aient une à droite même dans des configurations descendantes.

La ligature de neumes grégoriens ne pouvaient disparaître puisque la notation du plain-chant restait en usage – certains manuscrits contiennent en parallèle du plain-chant et de la notation mensurale. L’évolution des ligatures mensurales en a été grandement influencée, ce qui pourrait expliquer l’utilisation presque exclusive de brèves à l’intérieur même des ligatures. Le fait que le galbe de la flexe est principalement utilisé lorsque la seconde note est plus basse que celles qui l’entourent peut être vu comme un héritage des neumes.

Le tableau ci-dessus constitue presque un aide-mémoire pour la lecture de n’importe quelle ligature mensurale : les première et dernière notes devraient être déchiffrées à partir de cette table ; le reste peut se lire tel quel – pour des règles « exactes », see Lecture des ligatures mensurales blanches. Le galbe de la flexe pose quelques difficultés pratiques : il peut s’avérer difficile de décider des hauteurs selon qu’elles se trouvent sur une ligne ou dans un espace adjacent ; les notes pourraient aussi être pointées (un tel point apparaît au-dessus ou au-dessous de la note suivante), et il n’est pas évident de déterminer si le point au-dessus d’une flexe concerne la première note de la flexe ou à la précédente :

\new PetrucciVoice {
  \relative {
    \[ b'\breve. a\breve g\breve \]
    \[ b\breve. a\breve. g\breve \]
    \[ b\breve a\breve. g\breve \]
  }
}
[image of music]

GNU LilyPond – Manuel de notation v2.27.4 (development-branch).